Les surprises de la grande toile

Rencontre virtuelle avec Luc-Édouard de Creney

Sur la toile (le WEB, le réseau internet, si vous préférez), il est facile de retrouver dans le monde entier tous les documents concernant un thème ou un nom précis. Ainsi le thème «blonde + forte poitrine» est particulièrement demandé, même au Japon.

Le groupe de recherche du CRAC ayant officiellement des préoccupations plus sages, nous avons tout simplement commencé nos recherches par «Creney». Nous y avons trouvé pêle-mêle: la mention d'un carnaval, sans plus de détails; la reproduction d'une carte postale; un exposé technique sur les lignes électriques. Et puis, en élargissant la recherche, une adresse en Belgique (on dit: e-mail) au nom de Luc-Édouard de Creney. Que nous avons contacté par curiosité...

CRAC : Nous sommes des habitants de Creney, en France, près de Troyes. Y a-t-il un rapport entre votre nom et celui de notre commune ?

L.E. de C. : En effet, je descends en droite ligne de Michel de Creney, dont vous devez connaître l'histoire.

CRAC : Mais Michel de Creney était un religieux

LE de C. : L'histoire a retenu cette image de lui. En fait, sa robe comme son titre de précepteur de Charles VI n'étaient qu'une habile couverture. Il était en fait ce qu'il faut bien appeler un agent secret, et il a donc été marié, secrètement certes, mais régulièrement et fructueusement, puisqu'il eut sept enfants.

CRAC : C'est à peine croyable

LE de C. : L'histoire ne manque pas d'exemples de personnages ayant porté la robe pour se cacher. Ainsi, par exemple, votre chevalier d'Éon

CRAC : Chevalier ou chevalière ?

LE de C. : Chevalier, sans aucun doute. A propos, savez-vous que son grand-père faisait dire des messes pour détruire les débauches du Carnaval ?

CRAC : Triste sire. En tout cas, lui n'a pas eu de descendance

LE de C. : Détrompez-vous ! S'il était officiellement lectrice de l'impératrice Élisabeth de Russie, c'est lui qui a su, par étapes prudentes, amener au pouvoir la grande Catherine II, qui était du même âge que lui, et il est vraisemblablement le père du futur tsar Paul 1er. Le doute est d'autant moins permis qu'il est établi que Catherine Il n'a jamais couché avec son mari légitime.

CRAC Vous êtes certain de ce que vous affirmez ?

L.E. de C. : Absolument. Mes fonctions me donnent accès à des documents irréfutables. 

CRAC :  Quelles sont donc vos fonctions ?

L.E. de C. : Je suis conseiller référendaire de première classe auprès de la commission du commerce international du Parlement Européen de Bruxelles.

CRAC : Impressionnant. Et cela consiste en quoi ?

L.E. de C. : Nous préparons pour les ministres concernés des dossiers permettant d'établir des normes commerciales précises sur différents articles, afin de proposer des produits parfaitement adaptés aux consommateurs européens.

CRAC : Vous croyez donc que, sans vous, ils ne sauraient pas choisir leur voiture ou leurs vêtements ?

L.E. de C. : Absolument. Sans normes, les usines trichent sur les dimensions, sur la qualité, et les consommateurs achètent n'importe quoi.

CRAC : Pourtant, la taille d'une voiture ou d'un costume, cela se voit 

L.E. de C. : Nous travaillons sur des produits beaucoup plus pointus.

CRAC: Par exemple ?

L.E. de C. : Eh bien, les deux derniers produits pour lesquels j'ai personnellement travaillé sont les bananes et les préservatifs.

CRAC: Passionnant! Comment faites-vous ?

L.E. de C. : Pour la banane, nous nous sommes déplacés sur les différents lieux de production, et nous avons pris des mesures : longueur, diamètre, courbure, saveur, puis nous avons déterminé un calibre type, seul autorisé sur l'ensemble de l'Europe. Évidemment, les Américains râlent car leurs bananes sont trop molles pour être admises chez nous.

CRAC : Formidable. Et pour les préservatifs, vous avez aussi pris des mesures ?

L.E. de C. : Curieusement, les conseillers, qui sont tous des hommes, ont montré peu d'empressement à aller faire des enquêtes sur le terrain. En fait, chacun ayant étudié son cas personnel, un petit malin a remarqué de troublantes similitudes avec notre étude sur les bananes, y compris aux U.S.A., si bien que nous n'avons eu que quelques mots à changer pour proposer un dossier crédible aux ministres.

CRAC : Et actuellement, sur quoi travaillez-vous ?

L.E. de C. : Sur les chaussures. Comme pour les préservatifs, nous sommes actuellement en train de définir une taille type, correspondant à la moyenne des pieds européens. Ainsi, les usines fabriqueront ensuite leurs modèles en une seule taille, ce qui permettra de baisser considérablement les prix.

CRAC : Mais les chaussures ne sont pas extensibles, et tout le monde ne chausse pas du 43

L.E. de C. : 42 1/3. La norme sera 42 1/3. Mais rassurez-vous, nous avons prévu des aménagements.

CRAC : Vous m'inquiétez ! Qu'avez-vous encore inventé ?

L.E. de C. : Rassurez-vous, il n'est pas question de couper ce qui dépasse des pieds trop grands pour le greffer sur les plus petits.

CRAC : Ce serait de la folie !

L.E. de C. : Pas du tout, c'est techniquement possible, seulement nous nous sommes heurtés à l'opposition de Martine Aubry, qui craint pour le trou de la sécu. Nous avons donc trouvé beaucoup plus simple : les possesseurs de petits pieds devront, un jour sur quatre, se passer d'une de leurs chaussures et la confier à un bipède à grands pieds. Ainsi, à la fin du mois, chacun aura eu son compte.

CRAC : C'est compliqué, votre histoire. Vous devriez faire un essai sur une population type avant de généraliser.

L.E. de C. : Bonne idée ! Et si nous choisissions Creney pour commencer ?