Choses vues à CRENEY en 1790

 

Les archives départementales recèlent de nombreux documents concernant Creney. Cependant, au grand dam des chercheurs désirant fêter dignement le Bicentenaire, les années 1790 à 1793 sont curieusement inexistantes. Ne se serait-il donc rien passé à Creney au lendemain de la révolution ?

La chance étant de notre côté, nous sommes aujourd'hui en mesure de prouver le contraire, et par la même occasion d'élucider le mystère de la disparition du château. En consultant les registres d'état-civil conservés à la mairie afin de voir si on n'avait pas guillotiné quelque habitant de notre bonne cité, nous avons en effet constaté que les nouveaux représentants municipaux, sans doute par manque de papier, avaient utilisé ces registres pour noter leurs délibérations. En voici deux extraits.

L'an de grâce 1790, le premier jour du mois d'avril, au lieu ordinaire à tenir les séances municipal de la commune de Creney, où était rassemblée à l'appel de l'agent municipal la plus grande et la plus honorable partie de la population dudit Creney, nous, maire, avons décidé qu'il convenait de fêter dignement l'anniversaire de la prise de la Bastille par le moyen d'une grande fête à laquelle tous les citoyens participeront et se livreront à la joie.

Toute la population de tout âge et de tout sexe se rendra, le quatorze juillet, heure de dix du matin, à l'église où sera célébrée une messe en l'honneur de la Nation, de la Loi et du Roi. Un cortège se formera ensuite dans la cour de l'administration municipale. Les tambours et les drapeaux viendront devant, suivis d'une charrette couverte de feuillages et de fleurs et tirés par deux chevaux ornés de cocardes et de rubans tricolores. Le maire, le curé et les femmes ayant enfanté en 1789 prendront place sur cette charrette, et les enfants seront ornés de cocardes.

Viendront ensuite vingt-quatre laboureurs précédés de leurs femmes et de leurs enfants, tenant d'une main un des outils du labourage et de l'autre un bouquet d'épis et de fleurs. Les hommes auront leurs chapeaux ornés de feuillages et de rubans tricolores.

Le cortège se rendra ensuite dans le parc du ci-devant château où des tables seront dressées, avec dessus des fleurs, des rubans tricolores et tous les mets nécessaires à un repas champêtre. Le maire honorera une des citoyennes de la charrette et la donnera en exemple en la prenant à sa table. Il prononcera un discours et lèvera son verre décoré de rubans tricolores au son des hymnes et des tambours, et toute la population boira, mangera et aura de la joie.

Les citoyens seront ensuite invités à feindre l'attaque du château en souvenir de la prise de la Bastille. Cette cérémonie sera terminée par des danses.

L'an mil sept cent quatre vingt dix, le quinzième jour du mois de juillet, heure de neuf du matin, est comparu devant nous Claude Léger Maréchaux, garde particulier du ci-devant château, lequel nous a déclaré que ledit château avait subi forces dommages et désagréments à l'occasion de la fête de la Liberté, attendu que des citoyens ayant par trop abusé de la boisson avaient fait plus que feindre une attaque.

De tout ce que dessus nous avons fait et rédigé le présent procès-verbal pour servir et valoir ce que de droit.