Le Mystère de la Cour aux Changeurs

"Que croire dans les piles d'ouvrages sur les Templiers, dont les auteurs

se complaisent avec candeur dans la recherche d'un hypothétique Trésor .. "

R.G. MARTIN (le Templier d'Aube)

Parmi les noms de lieudits de notre bonne commune, il en est un qui retient particulièrement l'attention :

LA COUR AUX CHANGEURS

Cette dénomination qui n'évoque rien pour le commun des mortels, nous conduit pourtant sur une piste bien intéressante. Au temps de la splendeur de Troyes, les changeurs étaient en effet des personnages très importants, qu'on aurait tort d'assimiler à de simples banquiers, même privatisés; et s'ils ont laissé peu de traces dans l'Histoire, c'est parce qu'ils avaient de bonnes raisons de garder le secret sur certaines de leurs activités. Nous savons pourtant que ces changeurs avaient un chef, le plus puissant d'entre eux. Cet homme avait nom : Bernard de MONTCUC. On prétend qu'il était venu tout droit de son arrière-fief de la banlieue de Cahors, avec l'intention délibérée de faire fortune à Troyes. Le moins qu'on puisse dire est qu'il a réussi très vite : vers 1220, il est dispensé d'impôts et de servitudes par le Comte de Champagne, ce qui ferait bien plaisir à bon nombre de nos lecteurs. En 1230, il devient Grand Chambellan du Comte Thibaut IV, qui décidément, ne pouvait rien lui refuser puisqu'il lui accorde peu après le droit de percevoir un impôt pour son compte personnel,

Mieux encore, les membres de la très officielle Société Bernard de Montcuc étaient, de droit, maires de Troyes à tour de rôle pour une durée de un an; le système était bien rôdé, et aucun ne se faisait tirer l'oreille pour laisser la place à ses petits camarades, ce qui n'est plus tout à fait le cas actuellement.

Comme vous le constatez, la ville de Troyes a compté parmi ses habitants un personnage tout à fait exceptionnel, et il est parfaitement inadmissible qu'elle ne perpétue pas son souvenir en baptisant une place ou tout au moins une impasse de Montcuc.

Encore un détail: Bernard de Montcuc possédait la Justice de la ville de Troyes. L'assemblée chargée de juger s'appelait alors une Cour, et par extension son lieu de réunion était la Cour aux Changeurs...

Les cartes de cette époque sont hélas fort rares. Le seul exemplaire connu a été dérobé au cours du transfert des Archives départementales, et serait actuellement entre les mains d'une puissante société multinationale qui en exploite les données sous couvert de recherche pétrolière. L'éminent historien Sigismond Maigrebeau se souvient d'avoir eu ce document en main, avant la guerre de 14. Il avait été frappé de la mention très apparente qui était faite de la Cour aux Changeurs, encadrée par deux voies de communication importantes: la voie romaine dite Chemin d'Onjon, et la nouvelle route d'Orient, qui conduisait tout droit aux vastes domaines des Templiers à proximité de Piney. Ce point se trouvait au centre d'un triangle formé par trois fermes fortifiées qui devaient avoir une grande importance pour le Temple, puisqu'elles se nommaient la Foi, l'Espérance et la Charité, reconstituant à elles trois la devise de l'Ordre, alors que les autres domaines apparaissaient sous le nom de Loge, l'hôpitau ou Villiers. appellations communes dans l'Aube.

Inutile de chercher bien loin un lien entre les changeurs et les Templiers: encore une fois, nous voyons apparaître Montcuc. En 1255 il vend à l'Ordre 2500 arpents de terres et bois dans la forët d'Orient, vente confirmée par Jean de Durnay dont la famille avait des droits sur Creney. Plus surprenant, il achète Géraudot, Rosson et des terres voisines... pour les revendre un mois plus tard aux Templiers. Simple spéculation? certainement pas. En réalité, tout se passe comme si Montcuc avait été le trésorier secret de l'Ordre, venu à Troyes parce que là était le siège social. On comprend mieux ainsi sa prodigieuse réussite. Sous couvert de Justice, il pouvait discrètement rencontrer ses intermédiaires à la Cour aux Changeurs, d'où un réseau de souterrains permettait de gagner les trois fermes. Seul un important matériel de prospection permettrait aujourd'hui de retrouver ces souterrains et les coffres qui s'y trouvent peut-être.

A la disparition de l'Ordre, la famille de Montcuc jugea préférable de se faire oublier, et la Cour aux Changeurs disparut. Seul le nom est resté. Quant à la fin de l'ordre, elle est facile à expliquer. Philippe le Bel qui avait d'énormes besoins d'argent pour entretenir ses maîtresses, voulut en emprunter aux Templiers. Passablement sourd, et très soupe au lait, il entra dans une colère terrible en entendant la réponse du Grand Maître et il décida l'anéantissement de l'Ordre. Pourtant Jacques de Molay avait simplement dit sans penser à mal :

"De l'argent, Sire ? Adressez-vous à Montcuc".