L'Histoire méconnue des origines de Creney

 

La bibliothèque de Troyes recèle plusieurs centaines de manuscrits qui, curieusement, ont été laissés dans l'oubli depuis plusieurs siècles. Chargée d'inventorier ces trésors cachés, Mademoiselle Lucette Aupié-Dumurre a accepté de nous transcrire le passage d'une étude du très savant moine Jehan Aymar du Boulaud (1237-1294), selon lequel c'est Charlemagne qui serait - involontairement - à l'origine de la création de notre bonne cité, en l'an 794 de notre ère.

Cette année-là, Charlemagne était triste. Il venait de perdre sa quatrième épouse, Fastrade, qui lui avait fait à peine plus d'usage que les précédentes, Himiltrude, Désidérade et Hildegarde. Bien sûr, il lui restait la fidèle Gerswinde, sa concubine officielle, et son palais était pourvu des plus aimables servantes qui se puissent trouver dans le Royaume. Car à quoi cela servirait-il d'être le roi, si on ne peut pas disposer à tout moment des plus belles servantes?

Malgré tout cela, la vérité était là, Charlemagne était triste. De ses grands yeux d'ordinaire si vifs (surtout le gauche) ruisselaient de grosses larmes qui coulaient jusqu'à la célèbre barbe, où elles venaient baigner les menus insectes qui y foisonnaient. De temps à autre, le Roi essuyait son nez et son chagrin sur la blanche hermine de son Royal Manteau, tandis que tous ses fils, qui l'entouraient, poussaient en chœur un profond soupir. Leur père les regardait alors d'un oeil noir (le droit), et leur disait : "Taisez-vous, Louis!". Car ils s'appelaient tous Louis: Louis le Débonnaire, le plus connu, mais aussi Louis le Simplet, Louis le Grincheux, Louis le Joyeux, Louis le Timide, et quelques autres dont l'Histoire a perdu le nom.

Et tous ses fils étaient là à le contempler et à se demander comment leur Père pouvait être aussi triste,

Lui qui régnait sur la plus grande partie des mondes connus,

Et qui avait vingt capitales, toutes plus belles et plus grandes les unes que les autres., Avec dans chaque capitale un solide château pour l'accueillir pendant qu'il visitait ses Domaines,

Et dans chaque château une cave remplie de tous les impôts de la région,

Et dans chaque donjon une vaste chambre aux murs garnis de peaux de grizzlis, de ouistitis, et d'autres petites bêtes que je ne nommerai pas ici,

Et au milieu de chaque chambre un grand lit,

Garni de tout ce qu'il faut pour dormir,

Et surtout d'une saine fille de notable,

Une nouvelle pour chaque nuit,

Et toutes plus belles les unes que les autres,

Car c'est Charlemagne qui choisissait les notables. Et il fallait avoir de belles filles pour être choisi,

Ce qui prouve au moins que Charlemagne avait du goût, Et que ce n'est pas lui qui choisit les notables aujourd'hui. Alors tous ces petits Louis rassemblés demandèrent d'une seule voix - Oh père, pourquoi êtes-vous si triste, Vous qui commandez à la moitié du monde connu, Et qui avez vingt capitales, Et vingt châteaux, et vingt caves remplies d'or. et vingt chambres aux lits garnis de filles de notables, toutes plus belles les unes que les autres.

Et une lueur d'envie passait dans leurs yeux en pensant à ce qu'ils feraient à sa place, avec toutes ces capitales, et ces châteaux, et ces caves remplies d'or, et surtout ces chambres aux filles de notables, toutes plus belles les unes que les autres,

Et même Louis le Timide en rougissait en se tordant les mains. Alors Charlemagne lentement se leva,

Lança un pet sonore pour s'éclaircir la voix. Et déclara : - Mes enfants, approchez,

Sachez qu'avant ma mort je veux être empereur,

Mais pour que dans mille ans on s'en souvienne encore, J'attends l'an 800 pour mon couronnement,

Car c'est une date facile à retenir,

Et de toute façon 1515 c'est trop loin.

Mais voilà que ce vieux débris de pape Léon III me traite de barbare parce que je veux me remanier avec Liutgarde, une ravissante païenne qui réussit superbement le steak tartare et le yaourt bulgare.

Il menace tout simplement de me gâcher ma cérémonie.

- Faites-vous couronner par un druide, proposa Louis le Grincheux. On en trouve encore quelques uns dans nos forêts profondes, et le bon peuple les admire.

- Un druide! Vous n'y pensez pas! Vous me voyez, avec une couronne de gui sur la tête! Pourquoi pas aussi des petites fleurs dans la barbe ? Non, c'est un pape qu'il me faut !

Mais, direz-vous, nous voilà bien loin de Creney! Rassurez-vous. j'y arrive.

Pour s'attirer les bonnes grâces du Pape, Charlemagne ordonna la destruction de tous les arbres et bois sacrés où le culte des druides existait encore. Pour faire bonne mesure, il fit expulser de toutes ses bonnes villes les devins. mages, diseuses de bonne aventure, toutes gens qui voyaient dans l'avenir. Selon l'expression populaire, ceux qui avaient le nez creux.

Ceux de Troyes se contentèrent de passer la Seine, pour se grouper de l'autre côté. Et c'est pourquoi en 854 Charles le Chauve, dans le langage de l'époque, confirme l'existence à cet endroit même "de la Communauté des Gens de Creux Nez".

Histoire vraie : Charlemagne eut effectivement de nombreuses femmes et maîtresses répondant aux noms indiqués ci-dessus. Il ordonna également l'arrachage de tous les chênes porteurs de gui. Curieusement, il existait encore au vingtième siècle un chêne avec du gui. Les scientifiques qui l'ont étudié l'ont trouvé en tous points semblable aux autres chênes, et pourtant toutes les tentatives pour faire pousser du gui sur un autre chêne ont échoué.