Histoire de Creney

Marais de Creney

et Argentolle (1)

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Selon un document conservé aux Archives Nationales sous la cote P 757, n° 4619, et cité par Roserot, en 1634 les habitants déclarèrent posséder à titre d'usage une grande contrée et climat de marais, sise entre les village de Creney, d'Argentolle et Villechétif, descendant par derrière un gaignage appelé Le Molinet, jusques au Pont Hubert; le dict climat et contrée appelé communément les Usages de Creney et Argentolle, tenant d'une part aux héritiers de feu Odart Le Mercier, seigneur de Saint Parres aux Tertres. La délimitation est précisée, dans cet acte, d'une manière très détaillée. Les habitants déclaraient l'impossibilité de mesurer cette contrée, parce que c'était un "lieu aquatique, remply de marest, pallud et croullières". et inaccessible à l'homme. On n'en tirait guère que des roseaux, "grosse renche, gluies* et grosse herbe", en sorte qu'on se contentait d'y envoyer pâturer les bestiaux. Ce droit était fort ancien. Il avait été reconnu à plusieurs reprises, et notamment en 1547.

*GLUI : ce nom désignait à la fois des roseaux, et de la paille ou des tiges de roseaux destinées à faire des liens ou couvrir des toitures.

Au 18ème siècle, de grandes opérations d'assèchement des marais sont menées un peu partout en France. Elles sont justifiées par la nécessité d'éviter les famines et parfois aussi les épidémies. C'est ce qui était évoqué dans le film "Ridicule". Pour notre marais, cette tentative entraînera quelques péripéties...

Lettre du 5 février 1737 adressée par le subdélégué de Troyes à l'intendant de Champagne : il est dit que les marais de Preize, Tauxelles et Trévois ont disparu. Il reste le marais d'Argentolle estimé à 1200 arpents ( 500 hectares ) et celui de Saint-Germain.

Requête de François Jeanson, seigneur de Saint Parres aux Tertres

A Monsieur

Monsieur le Bailly de Troyes

ou Monsieur le Lieutenant Général audit Bailliage

Supplie humblement François Jeanson Lieutenant au régiment de Saint Chamon infanterie, seigneur de Saint Parres les Tertres Baires et les vieilles vignes demeurant ordinairement à Troyes, disant qu'il a le droit d'envoyer tant les bestiaux à luy appartenant que ceux de son fermier pasturer dans les pastures sises en partie sur lesdits lieux de Saint Parres les Tertres et Villechétif tenant d'une part aux terres dudit Saint Parres d'autre d'une noüe servant de limite dépendant de la seigneurie de Créney, d'un bout audit Villechétif, d'autre aux gros prés des sieurre du chapitre de Saint Etienne et Saint Urbain,

Au préjudice de ce droit ancien et immémorial suivi d'une possession entière et non interrompue, droit confirmé et reconnu par une transaction sur procès passée entre les habitants de Créné et le sieur Guillaume Le Mercier lors seigneur dudit Saint Parres le vingt sept mars quinze cent cinquante neuf, ratifiée et agréée de nouveau par le seigneur et les habitants dudit Créney, le seize aoust mil sept cent quatre, ainsi qu'il se recueille d'une signification faitte à leur requête au seigneur pour lors de Saint Parres, lesdits jour et an, dont sera ce présenter (???) donné copie, dans laquelle ils déclarent qu'en exécutant par eux laditte transaction, ils n'empeschent que ledit seigneur de Saint Parre continüe à faire pasturer ses bestiaux et ceux de son fermier esdits pasturages, comme par le passé, au préjudice, dit-on, de ce droit suivi, d'une possession deux fois plus que centenaire pour lequel le suppliant paye annuellement cinq sols envers la fabrique dudit Créney, les habitants dudit lieu profitant du tems de l'absence du supliant pour le service du Roy, se sont avisés dans le courant de l'année dernière de faire faire un grand et large canal qui traverse tous ces pasturages, commençant depuis la chaussée de Villechétif et régnant dans toutte sa longueur jusqu'au pré du Moulinet, non content de ce premier canal qui embrasse touttes les pastures, et par un dessein marqué de priver le supliant de perpétuité du droit incontestable de faire pasturer qui luy est acquis sur ce terrain qui n'a jamais eu jusqu'icy d'autre destination, ils ont encore formé différents petits canaux, établi une infinité de fossés qui séparent les accins et saulsois appartenant aux supliants, de manière qu'il lui est actuellement de toutte impossibilité au moyen de ces différents canaux et fossés de faire conduire, comme par le passé ses bestiaux et ceux de son fermier sur ces pasturages, ce qui est pour le supliant une perte réelle des plus considérables, touttes les terres situées sur sa seigneurie étant pour la plus part sèches et arides, en sorte qu'une fois privé de ces pastures, il ne peut nourir ses bestiaux qu'à grands frais, et son fermier a pour les siens une action ouverte contre luy en indemnité, et comme de pareilles voyes de fait, loing d'être autorizées, doivent au contraire être réparées sur le champ, avec le dommage qu'elles ont causé, le suppliant pour y parvenir a été conseillé de recourir à votre autorité, et à cet effet de vous donner la présente requête.

Ce considéré Monsieur il vous plaise permettre au supliant de faire assigner par devant vous dans les délais de l'ordonnance les manants et habitants de Creney au domicile de leur sindic pour venir dire que le supliant aura été, de ce qu'il prend pour trouble à son droit et à sa possession ancienne et immémoriale de faire conduire ses bestiaux, et ceux de son fermier es pasturages, scis tant sur le dit lieu de Saint Parre que Villechétif, tenant d'une part, audit Saint Parre, d'autre à une noüe servant de limite, dépendant de la seigneurie dudit Créney, d'autre aux gros prés des sieurs de Saint Etienne et Saint Urbain, le grand canal, les différents petits canaux et fossés qu'ils ont fait faire sur ces pasturages, et qui en empeschent l'entrée comme la sortie aux bestiaux du supliant, en conséquence, ordonner qu'ils seront tenus de faire combler ce grand canal, petits canaux et fossés, sinon et faute pour eux de le faire dans le bref délai qu'il vous plaira leur [ préfiger ??? ], permettre aux suppliants de le faire faire à leurs frais et dépens, dont [?] luy sera délivré, sur le vu des quitances des ouvriers, ycelles préalablement affirmées sincères et véritables, et pour avoir arresté la possession du supliant pendant près d'un an, dans laquelle il sera en tant besoin est, ou serait maintenu et gardé, les condamner en cent livres de dommages et intérêts si mieux n'aiment suivant les estimations qui en sera faite par gens convenus à l'amiable, sinon qu'il vous plaira nommer d'office, faire défense auxdits habitants de ne plus le troubler à l'avenir dans ledit droit et jouissance, les condamner aux dépens, le tout sous les réserves exposés, de prendre autres et plus amples conclusions, s'il y échoit par la suitte et vous ferez justice.

Issu d'une famille bourgeoise, Jeanson de Saint Parres était un nouveau noble, un "parvenu" très à cheval sur ses droits. C'est ainsi qu'il a fait un procès au curé de Saint Parres pour pouvoir entrer dans l'église par une autre porte que le bon peuple... On le retrouvera à quelques mois de la révolution, pour un autre procès portant sur le droit de chasse dans le marais.

On notera que Jeanson, comme ses prédécesseurs, payait un loyer annuel pour ce droit de pâture, ce qui exclut une "possession entière et ininterrompue".

Transaction des habitants de Creney

Chez Denaile notaire

Par devant furent présents, sieur François Jeanson lieutenant au régiment de Saint Chamon infanterie, seigneur de St Parre les Tertres, Baire et les vieilles vignes demeurant audit Troyes d'une part, Louis Bernard, Jean Romajot et Jean Denisot sindic et principaux habitants de Créné y demeurant, tant en leurs noms d'habitants que pour tout et un chacun d'yceux, suivant la procuration à eux donnée le 8 mars 1750 en vertu d'un acte d'assembléedu mesme jour juridiquement convoquée à l'effet de ce qui suit, d'autre part, lequel acte d'assemblée ainsi que la procuration demeureront annexés à la minute des présentes, lesquels comparants, désirant transiger sur une instance actuellement pendante et indécise entre eux au bailliage dudit Troyes, laditte instance introduite par ledit Sr Jeanson par règle et exploit fait en conséquence par Porcherat huissier le 28 janvier dernier, dans laquelle ledit Sr Jeanson aurait conclu la maintenue possessoire du droit de faire pasturer ses bestiaux et ceux de son fermier dans les pasturages et marais appartenant aux habitants, scis tant sur le finage dudit Saint Parre les Tertres que Villechétif, et pour raison de laquelle ledit Sr Jeanson avait levé contre lesdits habitants un deffaut au greffe des présentations le 23 février, aussi des (?), dont il était sur le point de se faire adjuger le profit, sont convenus de ce qui suit, c'est à scavoir, que pour tenir lieu audit Sr Jeanson et l'indemniser en même tems de ce droit de pasturage, tant pour ses bestiaux, que pour ceux de son fermier, droit dont ledit Sr Jeanson veut bien se dessaisir et déporter au profit desdits habitants, comme il s'en dessaisit et déporte nonobstant la possession dans laquelle il est de tems immémorial du droit avoué, reconnu et consenti, tant judiciaire qu'extrajudiciaire, sentences du Bailliage de Troyes et notamment par une transaction du 27 mars 1559, passée entre Guillaume Lemercier lors seigneur dudit St Parre et les manants et habitants lors dudit Creney, à [?] duquel droit ledit Sr Jeanson est chargé de payer annuellement cinq sols envers la fabrique dudit Creney, droit dont la jouissance est devenue de toutte impossibilité, au moyen du dessechement qui vient d'être fait dans le marais, par Me Lambert, greffier en chef du Chastelet de Paris en vertu de la cession à luy faite d'yceluy marais par les habitants aux charges clauses et conditions passées en la cession,sont les habitants demeurés d'accords et consenti, comme y consentent, sous le bon plaisir et l'agrément dudit Lambert à s'aranger avec ledit... [?] que le Sr Jeanson, en remplacement de ce droit qui dès à présent demeure pour supprimé, jouisse en tous droits de propriété, dès maintenant et à toujours, et comme de chose à luy appartenante, d'environ douze arpents de prés, plus ou moins, si plus ou moins il y a, à prendre dans une pièce de dix neuf avoisinante son héritage, ladite pièce figurée sur le plan dressé du marais n° 1/2 depuis le fossé marqué sur lesdits plans, tenant d'une part entre les bois et saulsois (terrain planté de saules) contigus aux prés dudit marais, d'autre à la pointe du fossé traversin se trouvant environ à moitié du fossé du canal adjacent au saulsois des Srs du chapitre de St Etienne et aboutissant au bois d'aulne appartenant audit Sr Jeanson, de plus a été convenu entre les parties, que le Sr Jeanson aura et jouira de tout droit de justice sur cette partie d'environ douze arpents que les habitants luy transportent et confirment d'abandon, luy conservent et confirment de même lesdits habitants son droit de chasse aux canards et autres oiseaux de passage dans toute l'étendüe du restant du marais, dans les canaux, ou fossés traversins dans lesquels yceluy Sr Jeanson ne pourra néant moins prétendre aucun droit de pesche sous quelque prétexte que ce puisse être, ny exercer aucun droit de justice sur ledit marais, se soumettent et s'obligent en outre lesdits habitants de s'acquitter par chacun an, des 5 sols dont il était redevable envers la fabrique de Creney pour raison du droit de pasturage, ainsi par luy abandonné, de les payer exactement à la fabrique en son acquit et décharge, et faire en telle sorte qu'il n'en puisse jamais être inquiété, ny recherché, se soumettent et s'obligent pareillement les habitants de payer les frais de la présente transaction, et ceux nécessaires pour parvenir à l'homologation d'ycelle, pour sa plus grande validité et en assurer à toujours l'exécution, à l'effet de requérir laquelle homologation lesdits habitants constituent et nomment pour leur procureur général et spécial la personne de Louis Bernard sindic et l'un d'eux, ququel ils promettent et s'obligent rembourcer tout les frais et avances qu'il aura fait sur le vu des quittances qu'il représentera, vu ladite homologation,ne serait pas obtenue d'huy en six mois, les habitants consentent en vertu des présentes et sans qu'il en soit besoin d'autres que ledit Sr Jeanson, ou tel autre fondé de son pouvoir se pourvoye pour raison de l'obtenir d'ycelle, qu'il fasse à cet effet tous les frais, avances et débourcés, promettant les luy rembourcer sur le vu des quitances que luy ou son fondé de pouvoir en raporteront car ainsi [???]

(Note en fin de page : pour séparation desquels douze arpans d'avec le restant de la pièce de dix neuf arpans douze pouces serat fait un focé de la largeur de Sipied sur cinq de profondeur aux frais des habitans conformément à la ligne tiré sur le dit plan.)

Part de la marquise de Crussol :

A Troyes, le 3 septembre 1764

Monseigneur,

Par arrêt du 9 mai 1758, ledit Pierre Claude Lambert, Greffier en chef du chatelet de Paris, a été autorisé à faire le desséchement d'un marais appelé le marais d'Argentolle, conformément à l'acte passé entre lui et les habitants de Crenay et d'Argentolle, que cet arrêt homologue, par lequel acte il est tenu de dessécher ce terrain et le mettre en nature de culture, à condition que lorsqu'il sera desséché il demeurera propriétaire de moitié de ce terrain, et que s'il ne venait pas à bout de mettre le terrain en état d'être cultivé, il sera tenu d'abandonner aux communautés la moitié du terrain qui lui avait été abandonnée, sans pouvoir prétendre aucune indemnité.

Par acte du 20 septembre 1757, led. S. Lambert déclare qu'il ne prétend rien dans la cession qui lui a été faite par la communauté d'Argentolle et de Crénay, et que cette cession est au profit de Madame la Comtesse de Morville à laquelle il n'a fait que préter son nom et dont il n'était réellement que l'homme d'affaires.

Madame de Morville a fait travailler au desséchement de ce marais qui a réussi au delà de ce qu'on pouvait espérer, mais quelques contestations survenues avec des communautés voisines ont arrêté ces ouvrages. Madame la Marquise de Crussol, fille de Madame de Morville, a donné la requête à M de Saint Contest pour demander la visite du desséchement. Par son ordonnance du 17 septembre 1763, il est dit que je nommerai des experts. En conséquence j'ai choisi les Srs Becu et Dauvet qui par leur procès verbal des 3 et 17 août 1764, ont constaté, en présence des parties ou elles düement appellées, que le desséchement était bien fait, et le terrain en bonne nature de prés.

Dans cet état, je pense qu'il y a lieu de faire ordonner que conformément à l'arrêt du conseil, Madame la marquise de Crussol jouira, comme propriétaire incommutable, de la moitié du terrain du Marais appelé d'Argentolle ou de Crenay; à charge cependant par elle, et conformément audit arrêt, d'entretenir pendant deux ans les travaux qui ont été faits.

Je suis avec respect

Monseigneur

Votre très humble et très obéissant serviteur

 

Procès des habitants de Creney contre ceux d'Argentolle :

 

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