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**********  Le château de Creney  **********

 

La plus ancienne mention d’un château ou maison seigneuriale à Creney remonte à 1390 (archives de I’Aube, E152). En 1734, le seigneur de Creney, Louis III de Vienne, Conseiller d’honneur au Parlement, décide de rentabiliser ses biens et les loue « pour sa vie et celle de sa femme » à Claude Méallet, conseiller du roi, procureur au siège de la maîtrise particulière des eaux et forêts. Peu après, Claude Méallet décida de se faire construire un château dans le style de I’époque, à I’emplacement de I’ancienne maison seigneuriale « appelée Enfer ». Les travaux furent confiés à Louis Levesque, entrepreneur de bâtiments à Troyes. Selon la liasse 81187 conservée aux archives de I’Aube, tout ce que le département comptait d’architectes, maçons et autres bâtisseurs n’allait pas tarder à affluer en notre bonne cité pour y admirer cette construction pourtant relativement modeste...

 

... « déclarons que vers la fin du mois d’août dernier(1737) ayant ouy dire par la voix publique que ledit Levesque qui avait entrepris la construction du château de Creney avait si mal réussy qu’il était prest à tomber et qu’il falloit le débâtir quoiqu’il ne fut pour à beaucoup près achevé, excités par la curiosité convenable a nos états, nous nous transportâmes ainsy que plusieurs autres ouvriers et entrepreneurs pour connaître d’où pouvaient venir des défauts si extraordinaires dans la construction de pareils bastiments. Que dans ce tems quoique sans intérêts et sans dessein autre que pour notre satisfaction et instruction, nous entrâmes dans I’examen toisé et mesuré de toute la distribution des bastimens qui devaient être faits par ledit Levesque, nous examinâmes tout ce qu’il aurait fallu y faire pour rendre les choses en bon et suffisant état sur les plants et devis qui furent dès ce temps communiqués à tous les ouvriers et entrepreneurs qui jugèrent à propos d’aller voir ces ouvrages pour les mêmes motifs que nous experts susdits et avons reconnu pour lors qu’il n’y avait de fait au bastimens dudit château qui cependant était couvert en thuille. que les deux façades, les deux croupes les deux cloisons de refan tant du rez de chaussée que premier étage, la cloison de la grande salle du côté de la cave et celle de la cuisine attenant le vestibulle. Que toute la charpente était étayée de toutes parts et les deux façades traversées par un gros câble pour les empêcher de tomber étant écartées et panchés en dehors chacune de huit ou neuf pouces de même que la croupe du côté du jardin qui était écartée et panchée en dehors de sept à huit pouces ce que nous reconnûmes par le plombé que nous en fîmes, reconnûmes que ce défaut provenait de I’impéritie de I’entrepreneur en ce que les liernes ou semelles traînantes qui auraient dû être d’une seule pièce étaient de deux pièces et s’étaient séparées tant par la pesanteur du bâstiment qui n’avait point été levé aplomb que par ce qu’il n’y avait pas une seule cloison qui fut travée et emmanchée ny ayant aucuns tenons ny agraffes.

Reconnaissons qu’il n’était pas possible de réparer et rétablir ces défauts pour remettre ce bâtiment en état avec tant soit peu de solidité sans le démonter d’autant plus que les fondations n’en étaient pas solides n’ayant point été creusées jusqu’au tuf. Ce que nous reconnumes par plusieurs découverts que nous trouvâmes faits et que ces fondations et le bastimens faisaient presque dans toute I’étendue desdites fondations, en sorte que pour peu que I’on eut différé à démonter tous ces ouvrages il était impossible d’en éviter la chute et que quelques étais et cables que I’on y eut mis, ils n’auraient pas été capables d’en retenir long tems les écarts aussi considérables d’un bastimens d’une pesanteur sy prodigieuse, en sorte qu’alors nous ne pûmes nous empêcher de dire hautement de même que tous les ouvriers et entrepreneurs qui ont vu les bastimens qu’il ne fallait pas perdre de tems pour le démonter sans quoy on s’exposerait par la chute à perdre toute la thuille et briser presque tous les mathériaux, nous reconnûmes en outre qu’il n’y avait alors que trois cheminées de commencées lesquelles n’étaient montées que jusqu’au premier étage, qu’il n’y avait que la fondation de la cheminée du salon de faite. que la maçonnerie de la cave était faite mais gelée et calcinée plus d’un tiers...

Inutile de dire que Méallet porta plainte. II y eut une sentence de justice le 1 » octobre 1937, suivie d’une requête au commissaire du bailliage, et de plusieurs démarches et convocations pour désigner des experts, à savoir: Claude Mabillot dit Bourgueil, Jacques Mabillot dit DuChateau. Nicolas Nicolle dit D’Artois Pierre Larivière. Simphorien Dauvet dit Du Chesne, Simon et Guillaume Milony, Thomas Morin et Antoine Buet, tous architectes et entrepreneurs de bastiments demeurant à Troyes, lesquels visitèrent à nouveau le chantier le 16 mai 1738 et remirent leur rapport le 31 mai, moyennant le versement de 30 livres à chaque expert, 18 livres au commissaire examinateur, 13 livres au greffier. 12 livres au procureur, et encore 54 livres pour prix de diverses vacations A cette date, le bâtiment avait été démoli et était en bonne voie de reconstruction, avec cette fois des fondations solides et des agrafes et liens en fer pour maintenir les murs. Malgré tout, Méallet était loin de pouvoir habiter son château, puisque les experts estimaient les frais de démolition et le début de reconstruction à1500 livres. et les travaux encore à faire à 6335 livres.

 

A suivre ?

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