Les origines et les étapes de la construction.

Le plus ancien document concernant Creney serait un diplôme de Charles le Chauve datant de l'an 840, confirmant les possessions de l'abbaye de Montier La Celle dans notre localité ( source : Roserot, dictionnaire historique de la Champagne méridionale).

Ce lien avec une institution religieuse puissante ne permet pas d'affirmer l'existence d'un lieu de culte dans notre village.

Au début du 12ème siècle, Creney était le siège d'une paroisse, et l'évêque Haton a donné cette église et les dîmes qui lui étaient attachées au chapitre Saint Pierre de Troyes. En 1208, le chapitre et l'évêque Hervée ont donné la paroisse à l'hôtel-Dieu Saint Nicolas, le plus ancien établissement de charité de la ville de Troyes. L'hôtel-Dieu avait droit aux dîmes sur les céréales, et sans doute à quelques terres. Rapidement, cette institution a bénéficié d'importantes donations de terres et maisons, à Creney, Belley, Mergey, et plus tard dans de nombreuses autres localités. En 1500, l'hôtel-Dieu Saint Nicolas possédait plusieurs centaines d'hectares de terres organisées en grosses fermes, ainsi que des vignes à Creney, Belley, Chablis, et 66 maisons louées, essentiellement à Troyes... Un champ planté de 62 noyers à Creney en 1381 était si remarquable que cette partie du finage porte toujours le nom : "Les noyers de l'hôtel-Dieu". (source : thèse de Julie Gesret : "Assistance et charité à Troyes au Moyen-âge, l'hôtel-Dieu Saint Nicolas", Archives départementales, 36J167)

Pendant les périodes de grande prospérité de la ville de Troyes, au 13ème siècle comme au début du 16ème siècle, l'hôtel-Dieu a su attirer la générosité des riches familles troyennes, ce qui a permis de construire une nouvelle église au 13ème siècle, puis de la reconstruire presque entièrement et de la décorer richement au 16ème siècle.

 Au moment de la reconstruction au 16ème siècle, la tour centrale portant le clocher a été conservée. La corniche de pierre portée par des corbeaux sans décorations culmine à 14,50 m. La tour est percée sur chaque face de deux fenêtres doubles, dont les colonnes centrales sont toutes différentes.

Comme la nouvelle nef est plus élevée que l'ancienne, il a fallu faire arriver le faîte de la toiture jusqu'entre les fenêtres, si bien qu'il faut prendre de la distance ou de la hauteur pour les apercevoir : la photo ci-contre est prise depuis le Chemin d'Onjon, près de l'école maternelle.

La fine flèche qui la surmonte culmine à 38 mètres. Peut-être date-t-elle du 16ème siècle, sans doute pas du 13ème. Ce qui est certain, c'est que dès 1803 et tout au long du 19ème siècle il a fallu réparer sa couvertures en ardoises qui résistait mal aux rigueurs de la météo, ce qui occasionnait des infiltrations dangereuses pour les voûtes. Au vingtième siècle, les ardoises ont été remplacées par des essentes de châtaignier artistiquement posées par l'entreprise Renard, de Creney.

Dans le clocher, une seule cloche qui pèse 678 kg. Elle est l'oeuvre de l'entreprise Goussel, de Metz, qui a refondu l'ancienne cloche cassée en 1862. Le transport de l'ancienne cloche à Metz, la fabrication, le supplément de bronze, le retour ont coûté 882 F à la charge de la commune comme le précise le contrat. La cérémonie de bénédiction de la cloche, avec support provisoire, décoration de l'église et divers frais au presbytère pour recevoir dignement l'évêque ont coûté 360 francs. Toutefois, l'inscription gravée qui fait plusieurs fois le tour de la cloche indique qu'elle a été offerte par M Millière et son épouse née Angenoust : il s'agit des châtelains d'Argentolles.

 

Sur cette vue prise depuis le cimetière côté nord, on distingue à peine sur la gauche le sanctuaire masqué par les piliers extérieurs. Il a été terminé au plus tard en 1520 tout comme les travées suivantes dont on remarque les fenêtres ogivales caractéristiques de la fin de l'époque gothique.

Les trois dernières travées sur la droite ont été construites après l'arrivée dans la région du style Renaissance, marqué ici  par des fenêtres en plein cintre et une fine frise qui court au dessus des piliers.

Toutefois la dernière travée à droite a été reprise en 1847 : la façade ouest de l'édifice n'avait pas été terminée au 16ème siècle et le pilier d'angle au nord ouest n'était pas lié à la maçonnerie.

La présence de cinq pignons terminant les travées des bas côtés peut surprendre. Cette disposition courante autour de Troyes permettait de donner de la largeur à l'édifice sans avoir à surélever le toit de la nef, dont le faîte n'arrive ici qu'à 12 mètres de hauteur.

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Si les murs de la façade ouest de la sacristie et des fonts baptismaux occupaient déjà en 1570 leur emplacement actuel, la porte principale du 13ème siècle avait été conservée à son emplacement d'origine, protégée seulement par un auvent de bois qui tombait en ruine en 1847. Les départs d'arcs visibles sur les derniers piliers de la nef font penser que cette situation était provisoire et qu'un portail de style renaissance était prévu pour terminer la façade ouest. La seconde moitié du 16ème siècle a été marquée par la guerre contre Charles Quint, puis par le début des guerres de religion : la période de prospérité de la région de Troyes était terminée : l'argent a sans doute manqué pour terminer les travaux.

Voici la première page du projet de restauration de l'église en 1847. La première travée a été reprise entièrement, mais le pignon sud a gardé sa fenêtre renaissance. A quelques détails près, la nouvelle construction est conforme au projet ci-contre, mais la rosace qui éclaire les combles n'a que trois branches au lieu des quatre prévues, et les "choux" qui devaient orner la corniche, prévus dans le devis du maçon, ne sont pas là. Les fenêtres et l'arc du porche en ogive témoignent de la mode du style néogothique, marqué encore par un dragon qui semble garder l'entrée.

Les maçons qui ont effectué ces travaux ont également réparé les murs et la toiture de l'ensemble de l'église, gratté et blanchi les murs intérieurs, avec hélas des malfaçons qui ont nécessité d'autres travaux coûteux.

 

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